deuxième billet

 

Le courage collé à la peau

 

Monsieur M, cancer généralisé, avait une force  intérieure  qui mérite d’être citée  en exemple .

Un jour, pendant mon tour de change, il me demanda de lui consacrer un peu de temps pour parler avec lui, ce que je fis.

Monsieur M m'expliqua qu'il souhaitait une prise en charge palliative, sans acharnement ; il s'était bien renseigné sur la question et sentait ses forces  diminuer du fait de sa maladie. Son souhait était que j'en parle au médecin.

Monsieur M me parla de sa vie, de sa femme qu'il avait protégé jusqu’à maintenant . Il me demanda si je pouvais parler avec elle. Je lui fis comprendre que ce n'était pas mon rôle mais celui du médecin. Je lui demandais par la même occasion s’il désirait avoir une entrevue avec la psychologue  , tout en lui expliquant que cela ne pouvait être que bénéfique afin de l'aider à parler avec sa compagne,puisqu'il redoutait ce moment.

Monsieur M accepta.

 Il m’a aussi parlé de sa douleur en m’expliquant que c'était dans son tempérament de garder en lui beaucoup de choses tout en supportant sa douleur. Il souhaitait rester digne jusqu'au bout. Je lui fis remarquer que j’avais cerné sa douleur et sa tristresse  . Accepter de prendre un traitement ne pouvait que le soulager et qu’il serait ainsi plus libre dans ses mouvements. Il accepta.

En sortant de sa chambre, je suis allée parler au médecin en précisant d’aller visiter ce patient rapidement, sur sa demande expresse, ce qu'il fit.Leur entretien dura longtemps .

En sortant de ce tête à tête, le médecin vint me voir pour me remercier : «  Merci Marion, le patient avait vraiment besoin de s'exprimer et nous avons convenu ensemble de la suite des soins ; j'ai augmenté les médicaments pour la douleur. »

De retour dans sa chambre, je ne retrouvais  pas un homme rongé par le stress mais un homme apaisé d'avoir été écouté et compris .

Il me remercia des dizaines de fois et le voir de nouveau sourire était ma récompense.

Son cancer évolua vite mais il avait pu discuter avec son épouse et se comprendre, grâce a la psychologue. Il se préoccupait plus du bonheur des autres que du sien et cette fois-ci il avait osé s'occuper de lui.

La morale de cette histoire montre que nous ne savons ni comment, ni quand, ni dans quel état nous allons finir notre vie.  La communication est le noyau de toute relation. Personne ne veut mourir dans la douleur. Dans cet exemple, la souffrance du corps et de l'âme a pu être écoutée, à temps. Cet homme s’est battu jusqu'au bout avec cette pudeur et cette soif de vie qui lui collaient à la peau. Il fermait sa porte de chambre comme s’il ne voulait  pas perturber les autres avec son mal être . « Je n’aime pas déranger » disait il. Monsieur M aura marqué tous les esprits par sa bataille et par le fait de mourir « la tête haute » comme il aimait le préciser.

texte

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Commentaires (3)

Martinet
  • 1. Martinet | 05/10/2016

Magnifique description ca me rappelle quelqun que jai beaucoup aimé durant 40ans et plus et que JM toujours mon MARIque le cancer m'a enlevé l'année dernière sauf que lui ne m'a pratiquement pas parlé je m'en suis occupée pendant 12mois à temps plein
Je me culpabilise de ne pas avoir essayé de lui parler mais je sais qu'il aurait pas accepté.

Directeur des Soins
  • 2. Directeur des Soins | 05/10/2016

Bonjour Marion,

Très joli texte, encore une fois. Et très belle vision du soin qu'est la tienne : humaniste, altruiste, empathique. Je retrouve ces temps si difficiles mais si forts et si enrichissants humainement lorsqu'en tant qu'infirmier j'ai eu l'honneur d'accompagner quelques patients dans leurs derniers instants.

J'y retrouve aussi les phases décrites par Elisabeth Kübler-Ross, immense Dame, et surtout la dernière phase d'acceptation. Cette homme, grâce à ta présence, à tes mots, à ton humanité, a su prendre ce chemin. C'est malheureusement trop rare pour beaucoup. Merci de ce que tu as fait pour lui, et de ce que lui et toi ont fait pour nous : nous faire garder espoir en l'être humain, nous faire (re)découvrir la grandeur de l'Homme (au sens large bien ^sur).

Saint-Exupéry, mon maître, a écrit ceci : "La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir les hommes : il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines." Pour l'anecdote, j'avais choisi cette citation en première page de mon mémoire de Directeur des Soins, en 1999.

Ce texte démontre que tu as su mettre en oeuvre, mettre en "musique" (le plus grand art pour communiquer entre les humains, puisqu'universel, comme la relation d'aide devrait l'être) ce lien invisible entre nos esprits emprisonnés dans des chairs parfois si fragiles.

Merci et j'espère que ta plume continuera longtemps à être la source de nos émotions et de nos sourires apaisés.

Patrick alias dsirmtcom

marion
  • 3. marion | 06/10/2016

Merci beaucoup pour vos commentaires sur le texte ,cela me touche beaucoup .
C'est cela oui une union quand on soigne nous sommes une équipe ou tous les soignants de l'ash au médecin à sa place.

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