interview de Claire Pellissier

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1. Parler nous de vous?

Je suis psychologue clinicienne et interviens en soins palliatifs.

J’ai travaillé en USP, en service de soins de suite en cancérologie, et en lien avec un réseau de soins palliatifs à domicile.

J’ai 29 ans, un garçon de 18 mois et un second qui arrive en juin prochain !

 

2. Que signifie APSPE?

 association de Protection des Soins Palliatifs contre l’euthanasie. 

3. Pourquoi cette association?

L’association pour la protection des SP contre l’euthanasie est née d’une prise de conscience, celle de l’inquiétude de nombreux soignants et intervenants au près de personne en fin de vie.

J’ai entendu ceux qui veulent l’euthanasie en France, ils nous disent qu’ils défendent les soins palliatifs, je les ai entendus dire que l’euthanasie serait l’ultime soin palliatif. J’ai entendu de leur bouche que l’euthanasie serait la solution, l’alternative, pour éviter certaines souffrances insupportables ou l’agonie.

 En entendant cela, nous avons fait le choix de réunir des soignants et intervenants en soins palliatifs qui sont inquiets pour l’avenir de leur profession, du soin des personnes en fin de vie en France, et qui s’opposent à l’euthanasie.

 Notre association  n’a pas pour vocation à  remplacer les associations qui travaillent au développement  des soins palliatifs en France et qui font un travail si important. Nous voulons représenter une mobilisation claire contre tout ce qui est de l’ordre d’un geste qui tue des personnes qui ont besoin d’être accompagnées.

 Cette association s’investit au sein du mouvement Soulager mais pas tuer qui regroupe des associations différentes. Soulager mais pas tuer est un mouvement unitaire qui rassemble des professionnels et des usagers de la santé, tous engagés pour protéger la France de la dérive euthanasique.

Soulager mais pas tuer se situe au-delà des diversités philosophiques, culturelles, professionnelles et des sensibilités politiques.

Le mouvement est lancé au moment où la pression en faveur de l’euthanasie ou du suicide médicalement assistée est en train de monter en France. Il se veut représenter un mouvement unitaire d’explication, de résistance et de mobilisation.

4. Parler nous des soins palliatifs, que représentent-ils pour vous?

 Je suis consciente en tant que psychologue ayant exercé au sein d’une équipe médicale qui accompagne des patients en fin de vie, que les soins palliatifs sont des soins exigeants, qui demandent des moyens, des équipes conséquentes et solides.

Il semblerait effectivement que l’euthanasie rendrait les choses plus faciles, plus rapides. Mais le geste de faire taire ou de tuer a de graves conséquences. D’abord pour le patient à qui l’on vole un temps précieux de maturation personnelle et familiale. Cette période est entrecoupée de moments très difficiles, mais ne doit pas être amputée. La personne en fin de vie  doit être soulagée et accompagnée avec persévérance, je suis témoin que tant de choses belles et riches se passent lorsque l’équipe demeure avec patience auprès d’un malade, l’écoute jusqu’au bout, discerne entre obstination déraisonnable et soins nécessaires qui respectent la dignité de toute personne humaine.

L’euthanasie a des conséquences pour la famille, des conséquences à long terme liées aux traces de la violence de ce geste, aux traces de la culpabilité.

L’euthanasie enfin a des conséquences pour les équipes soignantes et pour notre société entière, nous tous. Il me semble que ni nos soignants ni notre société n’ont pour mission de tenter de soulager en tuant, en excluant les personnes vulnérables. Notre société se dénature si elle ne tente pas de donner une place à toute personne, de maintenir toute personne dans la vie relationnelle.

 Si on légalise l’euthanasie, qu’adviendra-t-il des soins palliatifs ? Ils seront de plus en plus menacés, la formation des soignants contre la douleur sera amoindrie, la recherche aussi. Beaucoup de soignants que j’ai rencontrés sont inquiets.

Nous, intervenons auprès des personnes en fin de vie et croyons que c’est seulement le refus net et clair de l’euthanasie qui permet le développement des soins palliatifs. Ce sont ces derniers, les soins palliatifs, les soins anti-douleur, l’accompagnement jusqu’au bout des souffrances psychiques, sociales, existentielles, qui permettent, et j’en suis témoin, d’éteindre les demandes d’euthanasie.

 

 

 

 5. Que proposez vous?

La Cour des Comptes vient de souligner avec force le manque de diffusion des soins palliatifs. Cela fait trois ans que nous sommes dans un statu quo, alors qu’il n’y a pas besoin de nouvelle loi, puisqu’elle existe depuis 1999.

En lien avec le mouvement Soulager mais pas tuer, nous préconisons :

-        Une application effective et plus globale en France de la loi Leonetti de 2005, loi qui clarifie en particulier le refus de l’acharnement thérapeutique, en visant davantage la recherche de la qualité de vie que la survie.

-        Une large diffusion des recommandations de bonnes pratiques sur la sédation, telles que validées par la Haute Autorité de Santé en décembre 2010.

-        Un développement réel et concret des soins palliatifs et de la culture palliative, par un effort concernant les formations des soignants à l’accompagnement et aux traitements contre la douleur. Nous regrettons que le gouvernement ait mis près de trois ans à prendre en compte cette réalité, nous faisant prendre du retard. Nous demandons maintenant des décisions précises et rapides.

-        Un engagement national contre la solitude et l’euthanasie sociale des personnes âgées, par des actes concrets développant la solidarité intergénérationnelle.

Conscients des déclarations de membres du gouvernement et de certains partis qui se sont ouvertement déclarés favorables à l’euthanasie, nous restons vigilants quant aux amendements qui pourraient être soumis au vote dans le cadre de cette proposition de loi.

Nous nous opposons, même dans des cas exceptionnels, à une légalisation insidieuse ou claire de l’euthanasie ou du suicide assisté.

 

 

 

 

 

 

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