le coup du destin

 

 

« Qu’est-ce que je dois faire ? Comment prendre la bonne décision ? Est ce que je dois appeler maintenant ? »

« Non, on va attendre un peu, je vais lui mettre un autre coussin dans le dos. Il y en a quatre, mais le docteur m’a dit qu’il fallait qu’il soit bien droit. Puis ce n’est pas la première fois qu’il tousse comme ça, puis il va se calmer, enfin j’espère !!!! »

« Il est 22h00 et la toux ne s’est pas arrangée puis je pense que maintenant il a du mal à respirer, le pauvre. Que faire ? Si j’appelle SOS médecin et qu’il me dit qu’il doit aller à l’hôpital, les enfants sont loin je suis toute seule à prendre la décision je ne peux pas appeler en pleine nuit. »

« Je m’inquiète trop, je ne suis pas rassurée, je ne veux pas qu’il souffre, mais vous ne pouvez pas comprendre, vous, ce que cela fait de prendre cette ultime décision. Mon mari est mon seul repère .Nous avons 90 ans, nous savons qu’on ne va pas vivre 100 ans, mais rien que l’idée d’être loin de lui m’angoisse. »

« Alain, Alain, tu m’entends ? Alain réponds moi! Je m’approche de lui tout doucement et oui, il respire encore. Je suis rassurée, mais je vois bien que son état s’est aggravé. Bon, tant pis, j’appelle. Étant asthmatique, je ne peux pas le laisser comme ça. Ils vont peut être me le soigner chez nous, mon homme. Je vais prier pour. »

" Allo, allo ? je suis bien chez SOS médecin ? Oui, je vous appelle car mon mari ne va pas bien du tout. « Vous pouvez nous expliquer ce qui se passe, Madame ? "

« Oui, il tousse beaucoup et il a du mal à respirer, il est asthmatique je m’inquiète. »

« Il a des problèmes particuliers ?des antécédents ? Il prend quoi comme médicament, vous lui avez donné quoi ? IL est comme cela depuis combien de temps ? Il a quel âge votre mari ? »

« Je lui explique un peu notre vieillerie, ses médicaments, puis je lui dis que ça fait une heure qu’il tousse. »

« Je donne notre adresse, le médecin me répond que les pompiers vont arriver, et je raccroche. »

« L’attente est très longue quand c’est comme ça, je fais des allers et retours sans cesse dans la chambre, pour voir comment va Alain, puis ils arrivent enfin !!! »

« Bonjour madame, vous nous avez appelés, je peux voir votre mari ? »

« Je conduis les pompiers dans la chambre. Ça fait drôle de voir tout ce monde autour d’Allain, j’explique de nouveau la situation, sors les médicaments et la ventoline."

« Et là j’entends : mais avec tout ce que vous m’expliquez, madame, pourquoi n’avez-vous pas appelé avant ? »

« Le coup de poignard, comment vous faire culpabiliser en même temps. Ce genre de question ne devrait pas être posée. Nous sommes déjà assez désemparés comme ça. »

« Il me veut quoi, celui là, que je lui fasse une montée de tension pour nous emmener tous les deux ? »

« Il m’a fallu un courage énorme déjà pour le faire parce qu’une fois qu’on a posé le combiné tout va s’enchaîner. Et c’est bien cela qui me terrorise.»

« Je réponds que j’ai fait ce qu’il fallait et que je ne pensais pas que cela aller empirer de la sorte.»

« Mais pour qui il se prend celui là à me juger, lui fait son travail d’accord, mais moi c’est mon homme et chacun à sa place ! »

« Il va falloir faire vite madame, nous emmenons votre mari dans l’hôpital le plus proche il fait une pneumopathie. »

« Là c’est comme si le monde s’arrêtait de tourner, tout ce que j’entends à ce moment c’est qu’ils vont me l’emmener loin de la maison. »

« Il me regarde comme si je n’avais pas entendu ses paroles. Mais si, évidement! Mais à vrai dire, c’est son mot savant que je n’ai pas compris ! »

« Ca y est, les pompiers emmènent mon mari. Je suis dans un état de stress et d’angoisse indescriptible. »

« Ils vont me prendre mon mari, une fois qu’on rentre à l’hôpital on est perdu d’avance. Ils vous gardent pendant des semaines et à nos âges ils nous trouvent toujours quelque chose et on ne sort plus de l’hôpital. »

« Mon pauvre Alain, il va falloir que je me prépare au pire, même si je vais venir te voir tous les jours avec un espoir d’épouse et de femme à tes côtés pour que tu t’en sortes et prier pour toi. »

« Je prépare un peu d’affaires dans un sac que j’emmène avec moi, quelques larmes coulent que vais-je devenir ? »

« Mon mari est resté à l’hôpital quinze jours, puis il est décédé. J’ai pu avoir le soutien des enfants et petits enfants qu’il a fallu appeler, parce que tout est allé très vite. Ils sont tous restés près de moi pour ne pas me laisser seule, et partager encore un peu de temps avec leur papa. »

« Vous savez ces pressentiments de départs qui vous rongent tous les soirs parce que vous voyez bien que cela ne va pas s’arranger et que peu à peu, la vie vous prend ce que vous avez de plus cher ,votre amour . Mais vous ne dites rien, pas même aux personnels soignants. »

« Vous restez digne et épouse jusqu’au bout .»

« Puis un jour, ce fameux appel de l’hôpital : bonjour madame c’est l’infirmière je vous appelle pour vous prévenir que l’état de votre mari empire et qu’il serait préférable de venir le voir. »

« Là, vous avez le souffle coupé, la gorge nouée et vous ne savez pas s’il faut répondre "il est mort" ou "oui j’arrive. »

« Parce qu’à ce moment précis, plus rien ne sort de votre bouche. Vos larmes prennent le dessus sur toutes vos pensées, vous sentez votre corps se dérober sous le poids de votre peine et votre cœur se briser en même temps que les mots de l’infirmière. »

« Et vous répondez "oui, c’est moi son épouse et j’arrive avec ma famille. »

« Et là, le début d’une longue solitude commence. Le deuil en lui-même prend tout son sens à partir de l’instant ou vous avez raccroché ce téléphone. »

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