LEYA

Bonjour à tous,

Je viens vous présenter une interview de Leya une kiné au grand coeur.

Soignante, aidante,blogeuse.

 

Leya

 

 

  1. Présente toi ?

Je m'appelle Leya. Enfin pas vraiment mais pour cette fois on s'en contentera. Je suis masseur-kinésithérapeute (l’un n’allant pas sans l’autre chez moi) diplômée depuis plus de 5 ans maintenant, j'ai pas encore trente ans mais pas un instant je n'ai regretté de faire ce boulot. 

 

2. Pourquoi ce métier?

Pour accompagner. Guider. Je voulais marcher avec les patients, à leurs côtés, en direction d'un mieux, ou d'un pire un peu moins douloureux, je voulais être là pour ces moments précieux. Je ne savais pas encore qu’il y aurait des moments tristes, sans mieux, juste une inexorable chute pour lesquels j’allais aussi avoir envie d’être là. Je ne voulais pas « faire pour eux » mais « faire avec ». Je voulais travailler auprès de gens vulnérables mais sans leur faire plus (ou beaucoup plus) de mal. Ce métier collait parfaitement.

Je voulais aussi pouvoir soigner certaines blessures "dans la tête" avec mes mains. Donner un peu de douceur et de tendresse, un peu de détente aux gens qui souffrent tout en leur offrant une écoute s'ils souhaitaient me confier leurs peines. Alors honnêtement, pas sûre qu'on soit nombreux à aimer cette partie là.

 

3. Parle nous ton metier?

Etre kiné pour moi, c'est devenu, avant tout, des rencontres. Des gens en souffrance qui acceptent de me dévoiler leur vulnérabilité, de prendre la main que je leur tend pour qu'on essaye ensemble, avec mes connaissances d'améliorer leur quotidien. A lire ça fait peut-être un peu, beaucoup guimauve, niant-niant. Mais tant pis, c'est vraiment ce que je ressens, là, tout au fond. Ce contact avec les autres, dans leurs moments difficiles est un cadeau. Je ne crois pas être prétentieuse. Parce qu'en kiné, y a peu de choses qui marchent vraiment, qui sont prouvées scientifiquement, on ne fait pas de grands miracles. Mais y’a plein de petites choses qu’on peut dire, d’astuces à partager, d’exercices simples à refaire qui peuvent vraiment changer les choses. Quand on a mal tout le temps, quand le handicap pourrit chaque moment de la vie, chaque petit truc pour que ce soit moins pire vaut la peine d’être tenté.

 

4. On parle beaucoup d'aidant parle moi d'eux?

Quand je passe à domicile, je suis là 60 à 80 minutes par semaine. Les aidants assurent les 10000 minutes (oui 10000! j'viens de faire le calcul) qui restent sur la semaine, à assurer avec un proche parfois très handicapé, sans kiné sous la main. Ils font plus de rééducation que moi. Ce sont eux qui sauvent une marche, une autonomie ou une fin de vie. Pas moi. Moi je ne peux que leur proposer un coup de main, les orienter, recentrer un peu leurs façons de faire pour qu'ils puissent faire mieux (quand c'est possible) en se fatigant moins. J'ai besoin des aidants pour que mes patients s'en sortent. Les aidants, surtout les époux/ses, sont souvent très seuls, aiment maintenir les apparences pour le reste de la famille, ont du mal à demander de l'aide ou à avouer qu'ils sont au bout du rouleau. Sauf qu'un aidant qui lâche (et ils ont des millions de raisons de le faire), entraînera dans sa chute ce proche qu'il aime et pour qui il a tout donné. 

Le problème c'est qu'on compte de plus en plus sur eux, implicitement, sans les soutenir. On a des patients qui rentrent à la maison quelques jours à peine après une lourde chirurgie. Avec un niveau de handicap très important parfois, auquel ni le patient ni ses proches n'ont été préparés. Les gens seuls, ne rentrent pas chez eux. Ils vont en convalescence. Où il y a une équipe soignante complète, 24h/24. On a jugé ces patients capables de rentrer chez eux, juste parce qu’il y avait quelqu’un sur place en omettant parfois de dire que l’aidant allait devoir endosser le rôle de gens qu’on paye habituellement pour ça : les lever, les aider à se laver, les empêcher de chuter, faire toute l'intendance. 10000 minutes on disait ?

 

 

5. Vois tu beaucoup d'aidant au cabinet ou c'est plutôt les aidés que tu vois?

Au début, je ne voyais pas les aidants. Pas que je ne les soignais pas mais je ne savais pas les voir. Je ne connaissais pas le terme avant de devoir moi-même l’endosser. Je n’imaginais pas la violence et la charge de travail que ça implique d’être aidant. Le boulot de forçat qu’on fait dans l’ombre parce que « tu l’aimes » c’est normal et que les autres ne voient que le morceau de l’iceberg qu’ils veulent bien voir.

Jamais l’abîme derrière. Du coup maintenant j’essaie de voir ce qui se passe dans l’ombre, si l’on veut bien me laisser voir. Quand un patient vient accompagné, je provoque toujours un aparté « et vous, vous tenez le coup ? », « vous ne vous faites pas trop mal au dos ? », « si vous avez besoin de souffler, n’hésitez pas ». Je parle de séance de rééducation ou de bien être en l’absence de problème médical, tout simplement « arrivez-vous à garder un peu de temps pour vous ». Je tends une belle perche. Pas toujours saisie. Mais je la tends.

La société médicale actuelle a du mal à voir les aidants. Du coup, eux aussi ont du mal à se reconnaître comme tel et à admettre qu’ils peuvent avoir besoin d’aide « Non mais ça va, je peux gérer ». Qu’ils méritent de souffler.

 

6.Parle nous du Palliatif?

C’est pour les patients ET les aidants que je fais du palliatif. J’aime cette ambiance différente. J’aime quand les mots sont posés. Le travail est différent. C’est un exercice d’équilibriste, faciliter au maximum le temps qui reste en utilisant le moins d’énergie possible pour qu’ils la gardent pour les beaux moments. L’espoir ne repose plus dans le délai mais dans la qualité des instants, la quantité de petits bonheurs à vivre encore. Et encore. Et pour ça, j’trouve qu’on peut faire pas mal. Les fameux exercices faciles pour entretenir la musculature, continuer à pouvoir faire quelques pas. Les astuces pour avoir moins mal. Les massages pour tromper le dégoût de ce corps qui vous lâche avec des sensations agréables. Le temps de rééducation pur est plus court. Le temps d’échange, d’écoute, de soutien est plus long, plus précieux. Et puis plus global aussi. Je peux aider le patient à se sentir « moins pire », aider les aidants à faire plus ou mieux en se fatigant moins. Je peux et j’aime être cette présence positive, dans un soin confortable, à qui on pourrait tout dire si on le voulait. Je suis une possibilité de déposer un peu de peine sur le bord du chemin. Même si parfois j’ai du mal à l’encaisser, j’en suis très, très fière. Ça a du sens. C’est le sens que je veux donner à mon boulot.

 

7.Pourquoi un blog? 

Parce qu’il y a des choses qu’on n’arrive pas à dire à vive voix. Des histoires qu’on ne peut vraiment raconter dans les deux à trois minutes de battement entre deux patients. Qu’on ne peut pas raconter non plus à table, à sa famille. J’avais envie de partager mes réflexions sur mon métier, pouvoir creuser les sujets qui me tiennent à cœur auprès d’un public libre autant patient que soignant. J’aime cette possibilité d’être sincère et que d’autres puissent remettre en question mon raisonnement pour m’aider à grandir.

Il y a aussi une raison géographique. Je suis un peu à part je crois, avec mes nœuds au cerveau et mon amour des gueules cassées, des situations galères plus que des banales entorses de cheville. J’ai terriblement besoin d’échange avec d’autres soignants mais je suis super-timide en vrai et j’ai du mal à trouver près de chez moi des soignants qui me ressemblent.

 

8.SI tu avais un message à faire passer à tous?

Regardez autour de vous. Tendez la main. Prêtez votre oreille si elle est solide pour que ceux qui en ont besoin puissent soulager leur peine. Ecoutez la souffrance au lieu de l’imaginer à votre convenance. Souriez.

 

9.Si tu avais un message à faire passer aux soignants? Aux hôpitaux?

Chaque patient est un individu unique. Humain. Précieux. Avec son lot d’histoires, de souvenirs, de croyances vis-à-vis de la maladie et de la douleur. Essayez de toujours laisser une porte ouverte pour l’entendre cette foutue souffrance pour laquelle il vient vers vous. Une porte ouverte où ses motifs de consultation ne seront pas jugés. Dénigrés. Et jetez un œil sur ceux qui les accompagnent. Epiez les signes de fatigue. Intéressez-vous à eux. Tendez une main.

 

Ou te joindre:

 

https://twitter.com/Leya_MK

 

 

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