Témoignage

Témoignage d'une infirmière travaillant auprès des enfants malades

1376539-666395226727372-1989039219-n.jpg

Bébé a une quinzaine de jours. Séparée de ces parents dès sa naissance pour faire un geste afin que l'opération se fasse après une semaine de vie. Elle dû partir à près de 80 km car ce geste fût un peu plus compliqué.

Bébé a été emmené dans un service de réanimation spécialisé en cardio-pédiatrie.

Elle est enfin opérée au bout de 15 jours. L'opération ne se passe pas comme prévue car une fois le chirurgien voit son tout petit coeur, il s'aperçoit qu'une des artères qui irrigue le coeur est beaucoup trop petite.

Il tente de réparer cette coronaire avant de faire l'opération. Mais rien ne se passe comme prévu et voici que son coeur fait ce qu'on appelle en terme médical, un infarctus massif qui empêche au "coeur gauche" de faire son travail. Il met une ciruclation extra-corporelle pour mettre son coeur au "repos" mais n'y crois pas trop.

Il explique aux parents en présence de ma collègue et du médecin anesthésiste de garde ce qui s'est passé et la gravité de son état sans non plus leur cacher que leur petite puce risque de ne pas s'en sortir.

Ils se donnent 3 jours avant de revoir la situation. Aujourd'hui c'est samedi. Je prends mon poste pour la journée. J'ai une 1ère fois les parents au téléphone puis ils viennent la voir enfin de matinée.

On les revoit avec l'anesthésite. On leur ré-explique tout. Déjà au téléphone, ils m'avaient fait le sous-entendu d'arrêter les soins. Il nous en reparle. On leur explique qu'elle n'a été opérée que hier, qu'il faut laisser les 3 jours à son petit coeur pour voir s'il récupère et que c'est une décision collégiale même si on savait très bien que le chirurgien n'est pas pour l'acharnement thérapeutique et que s'il n'y avait pas d'amélioration, on arrêterait tout le lundi ou le mardi au plus tard.

Les parents entendent et comprennent. Ils retournent voir leur petite puce. Les grands-parents arrivent un peu plus tard et la maman me demande de venir leur expliquer la situation. Ils sont en colère car ils nous reprochent de ne pas avoir été là pour les parents alors que mes collègues les ont vu.

Ils me demandent quel est le devenir de leur petite fille si jamais son coeur récupère mais ils ont bien compris tout comme les parents qu'il y a très très peu d'espoir. Ils veulent aussi qu'on arrêtent car la situation est difficile pour leurs enfants qui souffrent beaucoup ainsi que leur petite fille. On revoit tout le monde avec le médecin. Il joint le chirurgien qui est d'accord de tout arrêter.

De lors, avec l'équipe, nous mettons tout en place pour faire le meilleur accompagnement possible. On emmène la puce toujours relié à la circulation extra-corporelle dans une chambre seule avec le moins de matériel possible : on l'extube, on enlève tous les médicaments à viser thérapeutique pour ne laisser que cette machine qui la maintien en vie et les médicaments qui la maintienne endormi et contre la douleur.

J'installe la petite puce dans les bras de ses parents. On les laisse avec la famille mais je leur dis qu'ils viennent me chercher dès qu'ils ont besoin de quelque chose. Ils viennent me voir pour me dire de venir arrêter la machine. Avec le médecin (qui normalement aurait déjà dû passer la relève car il n'est de garde que dimanche), on vient pour arrêter la machine et attendre que cette petite puce parte rejoindre les petits anges.

Ces minutes ont été longues et difficile car j'avais l'impression de "violer" l'intimité de ses parents pour les dernières minutes avec le bébé. Ca y est, ce petit ange est parti. Nous la déséquipons, la préparons et l'habillons avec ses vêtements afin de la laisser avec ses parents encore une dernière fois.

Lorsque ses parents viennent me chercher pour me dire que nous pouvons l'emmener, ils me disent "merci, merci pour tout". Ca me touche car j'ai perdu ma mère d'un cancer il y a quelques mois et j'ai accouché le lendemain de l'enterrement.

Ce n'est pas mon 1er décès depuis que je suis revenue mais déjà avant d'être maman, c'est difficile de voir partir des enfants ou des adultes mais là, ce n'est pas la même chose.

Voilà, l'histoire qui m'a touché récemment; Je crois qu'elle fera partie de ces histoires qui me marqueront longtemps.

texte

1 vote. Moyenne 3.00 sur 5.

Ajouter un commentaire