De l'aidance à après : qui suis-je, maintenant ?

# 29/12/2016 à 11:43 Marie-C

Quand l'aidance se termine, deux grandes questions :
- Et maintenant, qui suis-je ? Aidant, ancien aidant, ni l'un, ni l'autre ?
- La société : comment me conçoit-elle ?

# 30/12/2016 à 09:54 GA

Après la période d'aidance c'est bien la grande question que l'on se pose : qui suis-je ? pourquoi suis-je ici ?
Chacun réagit à sa manière et aussi en fonction de ses relations avec son aidé (s'agissait il de son enfant, de son mari ou de sa femme, d'un de ses parents ou d'une personne extérieure au cercle familial ?)
On peut rester aidant dans son esprit et ne pas vouloir accepter que l'aidé soit parti (ne pas faire son deuil)
On peut se considérer comme ancien aidant et soit vouloir faire profiter d'autres aidants de son expérience soit ne plus vouloir retomber dans ce milieu
Enfin on peut se considérer comme ni l'un ni l'autre et vouloir recommencer une vie normale (il me semble que ce dernier cas se sont plutôt des personnes qui n'avaient pas de relations familiales avec l'aidé)
Quant à la vision qu'a la société des anciens aidants je pense tout simplement qu'elle n'en a pas (comme d'ailleurs des aidants en activité bien que cela évolue un peu dans ce domaine actuellement) ; les personnes sont perçues par rapport au deuil quelles ont vécu (et non par rapport à la relation d'aide)
- pour le deuil d'un des parents : "les pauvres enfants !! mais c'est normal les parents décèdent avant les enfants"
- pour le deuil d'un enfants : "les pauvres ils doivent être effondrés"
- pour le deuil d'un mari ou d'une épouse : "le/la pauvre saura-t-il rebondir ?" (être veuf ou veuve est vu par la société presque comme une anomalie : pourquoi ne retrouve-t-il pas quelqu'un ? en particulier pour les hommes

# 30/12/2016 à 11:25 Marie-C

"Vouloir recommencer une vie normale" ne concernerait "pas ceux qui n'avaient pas de relations familiales avec l'aidé" ?
Ah, bon, même ceux qui s'en occupaient 24H/24, 7 jours sur 7, 365 jours par an, pendant plus de 10 ans ; ceux qui ont laissé leur travail pour aider et assister les membres de leur famille ?
Ce ne serait pas plutôt le contraire, et dans quelles conditions - relations perdues depuis longtemps de par les exigences et le temps pris par l'aidance ? (exemple retrouver un emploi à 50 ans, + en période de deuil, sans droits au chômage, sortis de la vie sociale "classique", déconnectés).
Ceux-là n'avaient donc pas de relation(s) avec l'aidé et par-là pas besoin de retrouver une "vie normale" (laquelle ne sera, par ailleurs, jamais la même) ?

# 06/01/2017 à 14:53 isa

Le chemin est long pour ce retour à soi... plus rien ne sera comme avant, quand l'aidé "part" on se retrouve qu'avec ce vide et ce désespoir, Aussi dur que cela ait pu être on avait un but, il y avait un projet, on était en action...
je crois que l'on est tjs un aidant.., on a ça en nous, on sait jusqu'où on peut aller pour s'occuper de l'autre. On est fier de soi Aussi, parce qu'on a fait de son mieux, parce que l'on a fait tout ce que l'on a pu...
j'ai dit à une amie un jour, si l'amour avait suffi, il serait tjs là... même si j'ai mal encore je suis en paix aujourd'hui et ça c'est ce que j'aurai appris dans cette expérience

# 06/01/2017 à 14:54 MariE

Pendant un certain temps on erre et on a l'impression d'être devenu inutile. Mais peu à peu on réapprend à dormir la nuit, à ne plus se hâter pour aller chercher son pain... A ceux et celles qui le peuvent, je conseille de faire une activité (chant choral, aquagym, travaux manuels, peinture, peu importe). L'essentiel est de sortir de chez soi et de rencontrer d'autres personnes, d'avoir à nouveau une vie sociale. On a fait tout ce qu'on avait à faire, avec amour et conscience. Mais il vient un jour où il faut réapprendre une vie "normale". Si vous n'y parvenez pas faites du bénévolat, mais pendant deux heures au maximum. Et ne culpabilisez pas, vous n'avez pas à mener une vie monacale !

# 06/01/2017 à 14:56 PA

Moi je pense que l'on devient ancien aidant ,et l'on peut se servir de cette expérience pour démarrer une nouvelle vie (exemple :changer de carrière qui n'était peut être pas en rapport avec l'assistance )

# 06/01/2017 à 17:27 Marie-C (Equipe)

Bonjour.
Pour répondre à Isa :
Oui, c'est cela, avant, le temps de l'aidance, c'était l'action, avec des buts.
Dire qu'ensuite, il faut du temps pour revenir à soi, que "le chemin est long", fait partie de ce que l'on appelle le processus de deuil, qui va être très personnel, probablement poser bien des interrogations, aussi. Gérer la suite de sa propre existence.
Un temps pas toujours évident, mais qui se présente et qui va être à aborder, pour vivre, encore.
Prendre soin de soi.

# 06/01/2017 à 17:54 Marie-C (Equipe)

Bonjour
Pour MarieE

Oui, c'est un peu comme cela après l'aidance et le départ de ceux qui ont été aidés.
Comme vous le dites : "retrouver des activités (ex comme le bénévolat)" ; certes et c'est très bien (pour certains).
Mais il y a des personnes qui doivent aussi et d'abord, retrouver un emploi (alors qu'en plus de la fatigue antérieure, elles sont aussi en deuil, encore davantage épuisées) ; peut-être aussi déménager (ce qui n'est pas rien...), affronter de grandes difficultés financières (et/ou d'autres encore).

Et aussi, avec cette nuance : quand une personne est en deuil, ce n'est pas spécifiquement à elle d'aller de suite vers les autres (le corps aussi réagit aux événements), mais, dans un premier temps, plutôt aux autres de venir s'intéresser à elle.

Plus : un deuil, reste très personnel dans sa gestion ; faire que l'on veut (ou serait souhaitable) et faire ce que l'on peut est très différent. Je dirais même : faire sans culpabilité serait déjà bien.

# 06/01/2017 à 18:03 Marie-C (Equipe)

Bonjour.
Répondre à PA.
Oui, c'est intéressant votre point de vue. Et certains anciens aidants s'engagent ainsi.
En revanche, d'autres anciens aidants préfèrent "tourner cette page" et passer à autre chose ; existe comme une saturation par rapport à ce qu'ils ont vécu.

Intéressant dans ce que vous écrivez : "changer de carrière".
Si vous pouviez en dire davantage sur ce sujet ?
Changer de carrière : comment, quand y penser, que mettre en oeuvre - alors que la personne est encore dans l'aidance ? Ou lorsqu'elle sera dans une situation de deuil (pas simple non plus) ?
Comment, vous, voyez-vous cela ? Très intéressant.

# 13/01/2017 à 13:35 MARIE B

Bien sûr que pour certains l'important est de trouver un emploi et éventuellement un autre logement ! Ma belle-fille a dû déménager après le décès brutal de mon fils et comme elle avait un poste à mi-temps, le plein temps n'a pas été immediat. Je mentionnais le bénévolat comme pis aller pour retrouver une vie sociale acceptable. Dans l'idéal c'est aux autres de vous rendre la main, mais en réalité fort peu le font. Et faire connaissance de nouvelles personnes, qui ne se contentent pas de vous plaindre mais à qui, sans donner de détails, vous pouvez dire que vous recherchez un emploi et un logement plus en adéquation avec vos besoins et vos moyens, fait fonctionner le bouche à oreille et être très efficace. Combien de personnes, après un veuvage ou un divorce, se retrouvent seules avec leur téléviseur ? S'il n'y avait pas d'associations aux personnes isolées, ce serait encore pire, car tout le monde n'a pas les moyens de payer une "demoiselle de compagnie"....
Et la culpabilité n'est pas de mise en pareil cas.

# 13/01/2017 à 13:36 PA

Moi personnellement j'y pense actuellement, mais le problème c'est le temps car je n'en ai pas beaucoup
(2 grands parents en aidance et un petit de 4 ans) donc je garde mes objectifs bien en tête et quand je pourrai je le ferai,j'ai tendance à m éparpiller beaucoup un coup je veux faire ça une autre fois ça, résultat je commence tout et ne fini rien.

# 13/01/2017 à 13:36 MARIE B

pa quand vous aurez plus de temps et que vous vous sentirez prête, il pourrait être intéressant de voir si des conseillers en reconversion professionnelle ne pourraient pas vous donner des pistes, en rapport avec des voies qui vous plairaient et qui, de plus, déboucheraient sur des métiers demandeurs... et n'ayez pas peur d'être plus âgée que les autres. On peut changer de métier à tout âge.

# 14/01/2017 à 16:28 Marie-C (Equipe)

@PA
Avec beaucoup de temps sur l'aidance, c'est effectivement, un peu compliqué pour s'organiser pour après ; en revanche le fait d'être dispersé n'empêche pas de s'assurer de possibilités dans le futur, de rester au courant de ce qui se passe en dehors de soi : prendre des notes, garder des infos intéressantes, Ne serait-ce pas utile d'ailleurs ?

@Marie B
"Changer de métier à tout âge", peut-être (= donc, être prêt et préparé pour cela), mais retrouver un emploi, est-ce la même chose ? et aussi évident ? Et combien de temps pour parvenir à l'un comme à l'autre ? Entre temps (la fin de l'aidance et le moment où l'on est de nouveau en activité), çà se passe comment, avec quels moyens ?

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